La chronologie présentée ci-après est issue du livre De 1934 à nos jours, un grand chantier, 60 ans d'histoire de la Fédération de la construction et du Bois C.F.D.T, écrit par Jean Eglin en collaboration avec Jean-Jacques Peyre à l'occasion du 60e anniversaire de la création de la fédération.
- Avant 1934 - Les origines
- 1934 / 1950 - Une naissance difficile
- 1950 / 1963 - Reconnaissance et développement
- 1963 / 1972 - L’affirmation d’une alternative
- 1972 / 1981 - Contestation et socialisme
- 1981 / 2010 - L’action constructive
1934 / 1950 - Une naissance difficile
Date repère
1936 : Accords Matignon (semaine de 40 heures, deux semaines de congés payés, application des conventions collectives, augmentations de salaire, délégués du personnel)
1938-1944 : 2e guerre mondiale. Le gouvernement de Vichy dissout les confédérations syndicales.
1947-1950 : Le gouvernement maintien le contrôle des salaires.
Contexte
Stagnation et reconstruction
Tout l’entre-deux-guerres est marqué par une stagnation de la construction. Jusqu’en 1940, le parc de logements vieillit, les constructions neuves sont peu nombreuses. Les techniques restent traditionnelles, les échafaudages sont en bois et arrimés par des cordages. Le béton est encore peu utilisé. Dans les industries du bois, les machines sont utilisées, même si le secteur reste fortement artisanal. Après 1944, ce tableau se modifie peu : si la reconstruction entraîne le développement des travaux publics, le bâtiment ne suit pas.
Structure / syndicalisation
Un syndicalisme professionnel et libre La fédération poursuit le combat pour un syndicalisme professionnel et libre. Face à la crise économique, des solutions pour une modernisation de la production sont proposées. Après la guerre, les premières élections professionnelles aux caisses de la sécurité sociale consacrent la légitimité de la représentativité C.F.T.C.
Actions revendicatives
Dans la dynamique de 1936
1936 marque un tournant pour les travailleurs. Les effectifs des syndicats s’accroissent.
1950 / 1963 - Reconnaissance et développement
Date repère
1950 : Loi sur les conventions collectives
1954 -1962 : Guerre d’Algérie
Contexte
Début de croissance
Après la reconstruction, la croissance se poursuit. Les travaux publics continuent à pourvoir à l’équipement du pays. Mais, face à la crise du logement qui sévit, un véritable décollage du bâtiment se fait attendre.
Structure / syndicalisation
La recherche d’une alternative
Toute la période est marquée par des débats internes. Les réformes proposées se veulent « techniquement révolutionnaires » : planification démocratique de l’économie, industrialisation de la construction, salaire annuel garanti, service publics national du logement.
Un virage est pris en matière de stratégie d’implantation et d’action syndicale. La base traditionnelle résidait dans le syndicat local, souvent de métier. Dorénavant, il est entendu que le « syndicalisme ne peut se construire valablement que dans les entreprises » et surtout dans les grandes entreprises : « les efforts des syndicats doivent en priorité porter pour l’implantation C.F.T.C dans les entreprises de plus de 100 salariés ».
Actions revendicatives
Grandes grèves et unité…
Le gouvernement libère les négociations des conventions collectives et des salaires. Mais au contrôle gouvernemental succède l’intransigeance patronale. Elle suscite une vive réaction ouvrière. Pour l’ensemble du BTP, la croissance du nombre de jours de grève, réamorcée en 1949 se poursuit en 1950, avec plus de 1 000 000 jours de grève : les conflits sont unitaires, durs, parfois violents. Grève des chantiers de barrage, répétition des semaines d’action de printemps, ou été chaud de 1953 ; le nombre de jours de grève entre 1950 et 1957 reste toujours supérieur à 200 000 par an. Les années se suivent et se ressemblent : l’inflation mange les hausses de salaire. Toujours pas de convention collective, l’attente dure depuis 1945.
Conventions collectives nationales
Sur fond de grève, la situation se débloque sur le plan des conventions collectives et de la vie paritaire en général. Après sept ans de vaines tentatives, les premières conventions collectives sont signées, secteurs après secteurs. Quatorze conventions de la fin 1954 à fin 1955 ! Le paritarisme trouve enfin sa voie en France. Dans la construction, elle trouve un terrain particulièrement favorable à son développement, même en l’absence de grande mobilisation.
1963 / 1972 - L’affirmation d’une alternative
Date repère
6 et 7 novembre 1964 : En congrès confédéral extraordinaire, le changement de titre est adopté à 70 % des mandats. La C.F.T.C devient la Confédération Française Démocratique du Travail (C.F.D.T).
1968 : Accords de Grenelle (fortes augmentations de salaires, institutions de délégués syndicaux dans l’entreprise, projet de réduction du temps de travail)
Contexte
Le boom de la construction
Démarrée à la fin des années cinquante, la croissance de l’activité atteint des sommets dans cette nouvelle période avec la multiplication des H.L.M, des Z.U.P, puis des villes nouvelles. Elle s’accompagne d’une évolution importante des méthodes de production, avec le développement de la préfabrication.
Malgré tout, au niveau des techniques et des structures de production, le bâtiment, les travaux publics et le bois restent radicalement différents des autres branches industrielles et socialement en retrait, qu’il s’agisse des salaires ou des conditions de travail : sécurité et hygiène défaillante, horaire « normal » supérieur à cinquante heures, patronat qui use et abuse de l’appel à l’immigration.
Structure / syndicalisation
Naissance de la CFDT
Réunie en congrès en 1963, la fédération vote à 82 % des mandats une résolution dans laquelle elle approuve la modification du titre confédéral car elle « constate que l’indépendance de la C.F.T.C dans l’exercice de ses responsabilités syndicale est souvent mise en doute par les travailleurs en raison de sa dénomination confédérale qui laisse supposer une appartenance confessionnelle ».
Actions revendicatives
Transformer les conditions de travail
A la fédération, une importante campagne sur la prévention des accidents du travail est menée dès 1959. Dans la décennies suivante, sans oublier les revendications salariales, l’accent est mis sur le « qualitatif » : amélioration du paiement des intempéries, critique du travail posté, campagne pour la sécurité, attention redoublée à la situation des travailleurs immigrés, mise en place d’un régime de prévoyance, réduction du temps de travail, extension du droit syndical dans les entreprises, retraite à 60 ans.
Nouveaux blocages, nouveaux conflits
Les grèves reprennent de l’ampleur. En 1963, en plus des revendications qualitatives, les augmentations de salaires sont au cœur des revendications, avec le refus du fractionnement des quatre semaines de congés payés. Des augmentations sont accordées, mais elles sont jugées insuffisantes. La fédération patronale se déclare « ligotée au plan de stabilisation » gouvernemental. Le même type d’argument est avancé pour bloquer les négociations en vue d’une réactualisation des conventions collectives de 1954, rendu nécessaire par l’évolution des techniques. Le patronat fait lanterner les syndicats en se retranchant derrière les décisions du pouvoir gaulliste.
Mai 1968, l’explosion Mai 1968
Tout se bouscule. La fédération s’associe aux grèves régionales construction et Bois annoncées pour le 8 et le 11 mai. Les fédérations C.F.D.T appellent à participer aux manifestations confédérales du 15 mai. Mais tout s’accélère : du 10 au 11 mai, c’est la nuit des barricades. En solidarité avec les étudiants, un appel est lancé pour le 13 mai, afin que soient satisfaites « les revendications communes des travailleurs, des étudiants et des enseignants ». L’appel invite à manifester et à réaliser une grève générale. Des grèves éclatent dans tout le pays.
C’est la paralysie générale… et le déblocage des négociations. Les négociations sont difficiles, notamment dans le B.T.P. Elles permettent malgré tout un déblocage des négociations : régime de prévoyance, révision de la convention collective des E.T.A.M, évolution de la réglementation du chômage intempéries… Les accords de Grenelle complètent les dispositions propres au B.T.P.
L’après 68
Cependant, après 1968, le patronat reprend la main : difficulté de mise en place du nouveau droit syndical, licenciement des délégués, refus de la retraite à 60 ans pour les ouvriers inaptes ou privés de leur emploi… La fédération radicalise ses pratiques. Elle porte une attention particulière aux travailleurs immigrés.
1972 / 1981 - Contestation et socialisme
Date repère
1974 : Début de la crise économique
Contexte
De la croissance à la crise
La crise économique de 1973 s’accompagne de fermetures d’entreprises, le nombre de jours de grèves baisse fortement mais les conflits longs n’en demeurent pas moins. Le problème de l’emploi devient la préoccupation prioritaire.
Structure / syndicalisation
L’action à la une
En 1975, la fédération montre toujours sa volonté d’action. Cependant, sous l’effet de la montée du chômage, le ton s’infléchit, « il s’agit de se battre pour l’emploi, mais aussi sur l’ensemble des revendications ». L’attention est portée à la syndicalisation : « nous devons reconnaître que nous avons parfois des difficultés à bien faire comprendre aux travailleurs la nécessité de la lutte (…). La pire façon de lutter consiste à se défendre. Il nous faut au contraire passer à l’attaque et partout poser les revendications qui sont crédibles et qui mobilisent les travailleurs ».
L’espoir du changement
La fédération s’engage dans le champ politique en appelant à voter pour la gauche et même en s’associant à des manifestations organisées par la gauche. Renforcement institutionnel et recul des effectifs Le délégué syndical devient un élément de base de l’activité syndicale. Après la forte croissance enregistrée depuis 1968, 1976 marque le début d’une baisse importante du nombre de syndiqués.
Actions revendicatives
La différence
L’attention portée aux revendications « qualitatives » caractérise toujours la C.F.D.T. En 1972, une campagne est lancée contre le manque d’installations correctes en matière d’hygiène sur les chantiers. L’exigence de comités d’hygiène et de sécurité est constamment rappelée. En 1973, le conseil fédéral décide d’intensifier la lutte sur trois axes : la lutte contre la répression anti-syndicale, la revalorisation des salaires des basses catégories et l’amélioration des conditions de travail.
Nouvelles radicalisation syndicale
Le ton se fait plus dur que dans les périodes antérieures. La priorité est à la lutte à la base, dans l’entreprise. Si la participation intransigeante à toutes les négociations est de règle, pas question de cautionner le système en place en signant tous les accords.
Une combativité en repli
La crise économique de 1973 s’accompagne de fermetures d’entreprises, le nombre de jours de grève baisse fortement mais des conflits longs n’en existent pas moins. Le problème de l’emploi devient la préoccupation prioritaire. Pour autant, l’espoir de grands changements reste présent dans les esprits. La crise n’est pas perçue comme une donnée en soi ; le système capitaliste et le gouvernement en sont accusés.
1981 / 1993 - L’action constructive
Date repère
1981 : Election de F. Mitterrand
Contexte
La pelle et le robot
Des évolutions technologiques importantes se produisent : dans la plupart des cimenteries, les ouvriers accomplissent une grande partie de leur travail devant les écrans de contrôle informatique, ce sont aussi des ouvriers électriciens des travaux publics qui installent et souvent réparent les robots des entreprises industrielles. Dans les usines de bois et d’ameublement les machines à commandes numériques informatisées prennent une place importante.
Cependant, si cette modernisation est bien réelle, accompagnée de la création et du développement de grands groupes industriels de taille mondiale, l’essentiel des salariés travaillent dans des petites entreprises et des entreprises artisanales. Le bâtiment, les travaux publics, le bois et les matériaux de construction restent les secteurs les plus dangereux, avec près de 400 morts par an.
Structure / syndicalisation
Crises…
Suppressions d’emplois et chômage augmente. Les syndicats perdent des adhérents. Après l’espoir de la gauche, la désillusion s’installe. La chute du nombre d’adhérents, continue. La prise de conscience des risques qu’elle fait courir au syndicalisme devient un thème de réflexion. La fédération ne se contente pas de pointer les causes externes (chômage, répression), elle analyse et commence à remettre en cause ses pratiques.
Re-syndicalisation
Face à la baisse des effectifs, la fédération choisit de re-syndicaliser : reconstruire un syndicalisme d’adhérents, c’est dépasser un syndicalisme qui tendrait à se restreindre à ses élus. Elle recherche des propositions et moyens d’action adaptés au contexte de crise : prendre en compte la complexité des problèmes économiques et sociaux, réaffirmer la place de la négociation da,s l’action syndicale, développer des contacts avec les autres syndicats d’Europe. La fédération adhère en 1978 à la fédération internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (F.I.T.B.B) et en 1981 à la fédération européenne (F.E.T.B.B).
Sur le terrain
Le contact s’intensifie avec les salariés (tournées de chantiers, questionnaires…), la formation syndicale prend de l’ampleur. Ces pratiques nouvelles ont des conséquences : de 1989 à 1993, plus de 300 nouvelles sections syndicales sont créées et la fédération voit le nombre de ses adhérents progresser de plus de 33 % en cinq ans.
Actions revendicatives
Obtenir des résultats
Le respect et l’application des droits existant, c’est déjà de l’action syndicale. L’emploi, ça se construit, pas de réponse unique, il faut agir dans plusieurs directions, tout faire pour trouver des solutions alternatives aux licenciements. Dans les branches professionnelles, la C.F.D.T fait des propositions pour réaliser ces objectifs. Dans les entreprises, les sections mettent en œuvre le même souci de résultats concrets.
Des droits pour tous
De 1982 à 1992, la plupart des conventions collectives nationales des branches de la construction et du bois sont renégociées et rendues obligatoires pour toutes les entreprises. C’était une revendication de la C.F.D.T pour que les salariés des petites entreprises soient couverts.